APPEL AUX CITOYENS

APPEL AUX CITOYENS

Mobilisez-vous contre la politique qui augmente le fossé entre riches et pauvres

+ DE 4.000 CHÔMEURS EXCLUS DANS LA RÉGION DE MONS--BORINAGE

Discours de Sandra GORET,
Secrétaire régionale
lors de l’action contre
 la limitation dans le temps des allocations d’insertion
le 17 mars 2014 à Mons

Ce 17 mars 2014, plus de 600 affiliés venus de Mons et de tout le Borinage sont rassemblés sur la Grand’ Place de Mons.
Travailleurs occupés ou inoccupés, nous sommes tous révoltés par cette mesure d’exclusion dont le compteur a pris cours et dont les conséquences sur les premiers exclus se feront sentir au 1er  janvier 2015.
Pour que chacun sache de quoi on parle, voici les différentes mesures prises dans l’accord  gouvernemental fin 2011. Des mesures qui détruisent notre système de protection sociale.
Dans un premier temps, elles s’attaquent à nos jeunes qui ont quitté l’école. Ils ont vu leur stage d’attente augmenter de trois mois ! On se demande encore par quoi cette mesure était justifiée !
Par contre, on connait les conséquences.  On les maintient dans une dépendance financière liée aux parents alors qu’eux-mêmes sont victimes de la diminution de leur pouvoir d’achat suite aux mesures d’austérité qui ont été mises en place. On appauvrit ainsi encore plus les noyaux familiaux.
Ils ont même pensé à renommer le stage d’attente en stage d’insertion afin de culpabiliser encore plus nos enfants sur leur incapacité à terme de dénicher un emploi.
Dans un contexte où Il y a de moins en moins d’emplois à se partager, on contraint de plus en plus les demandeurs d’emploi à en trouver. Si ces mesures n’avaient pas de conséquences si graves nous les trouverions ridicules.
Le gouvernement a en plus de l’allongement du stage d’insertion, renforcé les contrôles disponibilités pour les jeunes.
En effet, pendant cette période, ils seront amenés à prouver à deux reprises leurs recherches et ce n’est qu’au bout de deux entretiens positifs qu’ils pourront bénéficier de leurs allocations et ainsi subvenir en partie à leurs besoins financiers sinon leur droit sera de nouveau reporté.
Et tout cela, dans un contexte où les critères de recherche imposés par l’ONEm sont totalement aléatoires et divergents entre régions ou même entre les agents qui les contrôlent dans un même bureau.
La situation économique de la région dont ils dépendent n’est pas non plus intégrée dans les critères.
Les différents contrôles qui suivront sont tout aussi inégalitaires et complètement absurdes.
On en a assez de ces clichés qui présentent les demandeurs d’emploi comme des chômeurs fainéants et profiteurs.
Eux, à qui on impose depuis des mois, des années, des règles idiotes et un nombre absurde de recherches d’emploi dans un contexte où celui-ci est insuffisant. Eux, qui doivent en plus supporter l’insulte de se voir jugés comme incompétents, trop peu qualifiés, trop vieux, trop jeunes, dans le peu de réponse qu’ils reçoivent suite aux nombreuses demandes qu’ils ont envoyées aux employeurs.
Il n’est pas acceptable de créer autant de pression sur ces jeunes afin qu’ils finissent par accepter quasi n’importe quel emploi à n’importe quel prix.
Les travailleurs âgés ont aussi été visés par le renforcement et l’extension du contrôle de la disponibilité aux chômeurs de plus de 50 ans, dans un contexte où le taux de chômage atteint 22% dans notre région et parfois 33% dans certaines communes.
Dans un contexte où les fermetures, les restructurations, les faillites sont encore régulièrement annoncées et subies par des travailleurs qui se sont donnés corps et âme pour leur emploi.
Dans un contexte où nos jeunes en sortant de l’école voient leur détermination et leur volonté bien souvent giflées par la réalité du manque d’emploi.
Est-ce cohérent de maintenir à l’emploi des travailleurs de plus en plus tard alors que leurs propres enfants peinent à en trouver ?
Parmi les principales réformes du chômage mises en place par le gouvernement, il y a la dégressivité accrue. Elle touche déjà les demandeurs d’emploi depuis 2012.
Les allocations de chômage baissent plus vite et de manière plus importante qu’avant. Ce sont allocations qui sont payées sur base du travail à des personnes qui n’ont pas souhaité s’inscrire au chômage mais bien à des personnes qui ont perdu leur emploi.
Cette liste s’allonge au fur et à mesure des mois plongeant de plus en plus de familles dans la précarité et le fatalisme.
Les personnes fragilisées sont bien évidemment les plus touchées par ces mesures qui ne visent principalement que les mêmes cibles : les travailleurs !!!
Revenons-en au 1er janvier 2015.
Les allocations d’insertion qui sont attribuées sur base des études seront limitées dans le temps, à 3 ans maximum.
Cette mesure prendra cours à partir de 30 ans pour les isolés et les chefs de ménage et sans condition d’âge pour les cohabitants.
Ce sont donc des personnes de tout âge qui seront visées.
Cette mesure n’est qu’une première étape à l’instauration d’une réelle fin de droits dans notre système d’assurance chômage. Ceux qui prônent cette mesure n’ont qu’un seul objectif : limiter les allocations de chômage dans le temps pour tous !!!

Une mesure injuste à tous les niveaux :

  • Elle va conduire à l’exclusion de 50.000 demandeurs d’emploi dont 32.000 en Wallonie !
  • Elle touchera les provinces les plus peuplées et les plus défavorisées,
  • 15.000 personnes seront touchées en Hainaut,
  • Et pas moins de 4.000 sur la région de Mons-Borinage,
  • Elle touchera les plus faibles, les premières victimes de la crise.
  • Des personnes ayant travaillé, mais pas assez longtemps ou qui ont travaillé de manière ininterrompue avant d’être admises au chômage.
  • Des victimes de l’intérim, des temps partiels, bref, du travail précaire !

On peut constater une augmentation substantielle du travail à temps partiel et une dégradation des conditions de travail.
En ce qui concerne le travail à temps partiel, il est passé de 18 à 24% de l’emploi total.
Aujourd’hui, 1 emploi sur 4 est à temps partiel (particulièrement chez les femmes !). Plus d'un million de jobs aujourd'hui en Belgique sont des jobs à temps partiels bien souvent involontaires.
Et cela ne s’arrêtera pas là : « Transposer la Directive européenne relative au travail intérimaire  dans la législation Belge, simplifier et moderniser la réglementation sur le travail temporaire, le travail à temps partiel et les heures supplémentaires » ne fera qu’aggraver la situation voilà pourtant la volonté du gouvernement actuel.

Cela prouve bien qu’il s’agit plus d’une réforme idéologique que d’une réforme financière. Ainsi, l’augmentation de la pression sur l’ensemble du monde du travail et des salaires se réalisera tout naturellement.
Elle ciblera principalement les femmes : 64 % de femmes pour 34% d’hommes, soit presque deux exclues pour un exclu !
Dans les chefs de ménage exclus, 81% sont des femmes ! Soit près de 8.000 femmes seules avec enfants.
Est-ce cela l’émancipation de la femme que l’on prône ?
Devront-elles de nouveau subir la dépendance et parfois la violence pour survivre financièrement.
Les exclus cohabitants n’auront, dans leur grande majorité, pas droit au Rrevenu d’intégration sociale.
Ce sont donc 18.780 ménages wallons qui subiront une perte sèche de 420 €/mois. Le ménage « type » confronté à cette situation verra ses revenus baisser de 1.800 à 1.400 €/mois.
Les 13.000 isolés et chefs de ménage wallons n’auront d‘autre choix que de se tourner vers le CPAS. Ce sont donc les communes qui subiront cette charge financière et administrative. Et ce sont évidemment les communes les plus défavorisées qui payeront le prix le plus élevé.
La politique d’aujourd’hui ne va donc absolument pas dans le bon sens, bien au contraire. Le nombre d’allocataires des CPAS ne va faire que s’agrandir et accentuer la charge déjà de plus en plus importante qui est la leur aujourd’hui. Il y avait 132.175 allocataires sociaux en 1999. En 2011,  ils étaient 165.086.
Aujourd’hui, 14,6 % de la population belge vit sous le seuil de pauvreté. Et il faut noter également que parmi ces pauvres, il y en a qui travaille.
L’Annuaire fédéral sur la pauvreté mettait en avant la question des travailleurs pauvres et l’inquiétude qu’ils émettaient à l’égard des politiques actuelles : « une personne sur cinq, vivant sous le seuil de pauvreté, travaille (à temps partiel ou à temps plein). Un des principaux facteurs responsables de cette situation est l’augmentation des emplois précaires ».
Les grandes déclarations des autorités locales sur la lutte contre la pauvreté ne sont pas entendues ?
Leurs instances nationales votent des plans d’exclusion des chômeurs qui vont justement grossir ce taux de pauvreté.
Ou alors nous sommes dans une grande hypocrisie ?

Les exclusions du chômage auront également des conséquences négatives sur le calcul de la pension.
Nous ne pouvons que revendiquer le retrait pur et simple de cette mesure.
Outre son caractère injuste, elle est aussi tout simplement absurde en période de crise ! Rappelons cette évidence : il n’y a pas assez d’emplois pour tout le monde. 1 emploi disponible pour 30 demandeurs d’emploi dans la région ?
Elle ne règlera en rien le chômage de masse que nous connaissons en Wallonie. Ce n’est pas en transférant les sans emploi de la Sécurité sociale vers les CPAS que l’on crée de l’emploi.
C’est en proposant une réelle dynamique de création d’emplois. Il est de la responsabilité des politiques de le développer l'emploi et ce n’est pas en réduisant celui-ci dans les services publics que l’on va y remédier !
Ce n’est pas non plus en distribuant des aides fiscales et/ou des réductions de cotisations sociales à des employeurs ou à des actionnaires qui n’ont qu’un seul but : gonfler leurs poches et leurs dividendes et tout cela, sans créer un seul emploi supplémentaire voire même plus loin restructurer ou délocaliser sans aucune contrainte ?
A ceux qui disent que l’exclu gagnera plus au CPAS, je réponds que c’est idéologiquement inacceptable comme déclaration.
L’idée fondamentale des Socialistes à l’époque était précisément qu’il fallait aller vers un système assurantiel pour tout le monde. La fin de « l’aide sociale », de la « charité » devait conduire inévitablement vers un seul système.
C’est précisément dans le sens inverse que nous allons ! Nous sommes dans une transformation de la société qui passe d’un régime de sécurité sociale à un régime d’aide sociale.  Chacun à droit à la dignité !
A ceux qui disent que nos jeunes étudiants ne sont pas assez performants à leur sortie d’études, nous leur répondrons qu’ils ont désinvesti dans l’enseignement et qu’ils en sont responsables et qu’au lieu d’envoyer ces jeunes dans des stages d’insertion très peu rémunérés, ils doivent mettre plus d’enseignants pour une école de meilleure qualité.
Des emplois de proximité doivent être créés :

  • on ne peut pas demander à des demandeurs d’emploi qui touchent à peine de quoi survivre d’investir dans un véhicule afin d’être plus mobile,
  • il n’y a pas assez de places dans les crèches,
  • les transports publics sont également de plus en plus rationalisés.

Cette politique ne fera que renforcer l’exclusion sociale, la pauvreté, les économies parallèles (travail au noir, délinquance…).
Rappelons également que le gouvernement s’est engagé à « sortir 380.000 personnes de la pauvreté à l’horizon 2020 ». Ces mesures ne font qu’aggraver la situation.
Enfin, cette mesure ne rapportera presque rien en termes d’économies budgétaires à l’Etat. Pas plus de 125 millions, une fois déduit le coût des revenus d’intégration sociale.
C’est ridicule comparé aux pertes qu’entraînent, par exemple, les intérêts notionnels.
Plus globalement, c’est tout le marché de l’emploi qui va se précariser. En appauvrissant les chômeurs, ce sont les conditions de travail et les salaires de tous les travailleurs qu’on tire vers le bas.
De quelle marge de négociation les travailleurs disposent-ils quand des centaines de milliers de demandeurs d'emploi, contrôlés et sanctionnés de toutes parts, se voient définitivement exclus, et attendent un emploi à n’importe quel prix ?
Une mise en concurrence des travailleurs qui ne profite qu'au patronat et aux actionnaires.
Nous demandons aux élus locaux comment comptent-ils faire face à la précarité induite par ces mesures d’austérité ?
Nous leur demandons surtout de se rendre compte des dégâts que cette mesure causera et de remettre en question son application.
Nous demandons le retrait pur et simple de la mesure d’exclusion des allocations d’insertion. Et, vous le savez tout comme nous, ce n’est pas impossible. Il s’agit d’un choix politique à défendre un choix de gauche.
Il n’est jamais trop tard pour comprendre et pour apprendre ce qu’est la solidarité !!
Il est clair aujourd’hui que nous rendons ces politiques nerveuses. Forcément, la FGTB dénonce depuis maintenant près de trois ans les catastrophes que cette mesure va engendrer. Il se confirme de plus en plus que nous avions raison.
Certains essaient de nous discréditer sur les chiffres... C’est de la connerie camarades ! Aujourd’hui, ce qui compte ce n’est pas de savoir le nombre au chiffre près mais bien de comprendre les conséquences de ces mesures et d’y mettre fin.
Le 1er janvier 2015 n’est que le coup de départ des exclusions. Sur la longueur, les chiffres seront bien plus hauts que ce que nous annonçons aujourd’hui.
Pour répondre à ceux qui estiment que la FGTB s’oppose aux mesures d’exclusion uniquement par intérêt personnel, je leur répondrai qu’il existe 4 organismes de paiement et que l’un d’entre eux permet de ne pas s’affilier auprès d’un syndicat.
Si nos affiliés font le choix de s’inscrire dans un syndicat c’est parce qu’ils savent et qu’ils voient aujourd’hui encore que ce sont leurs intérêts qui sont défendus face à des politiques libérales qui n’ont qu’un seul objectif, c’est de donner la possibilité au patronat de les exploiter et de les presser afin d’augmenter leurs dividendes.
Camarades, aujourd’hui, vous êtes mobilisés face à ceux qui développent de la misère et qui vous trompent.
Nous nous devons de rester debout et de les affronter.
Aujourd’hui, plus que jamais, notre force c’est vous et ensemble nous maintiendrons nos acquis. Ensemble, nous serons les plus forts.
Il est aujourd’hui, plus que jamais, nécessaire de porter nos revendications à nos relais politiques de gauche et à les convaincre de l’importance de ceux-ci. Ceci, en respect de nos statuts et en toute indépendance syndicale.
Ne laissons pas les partis qui sont les initiateurs de ces mesures s’imposer plus encore lors des prochaines élections et surtout ne laissons pas les nationalistes et fascistes s’emparer de la détresse humaine pour mener leur politique nauséabonde.

Sandra GORET,
Secrétaire régionale.